Le méthane dans la chapelle !
Elèves de 6° à l'époque, nous étions musiciens sans le savoir...!
Le matin au petit déjeuner, les fayots, pois cassés ou lentilles de la veille suivaient le cheminement habituel. Nous y avions tous droit à des heures différentes selon les capacités à résorber cette sorte de mortier collateur, (du latin collator, souscripteur d’un bénéfice ecclésiastique).
Après ce frugal repas commencé par la traditionnelle prière, il y avait l'incontournable messe, heureusement sans sermon, expédiée en vingt minutes, garnie de psaumes et ponctuée des pets successifs de ceux qui avaient encore à s'exprimer de ce côté-là.
Ceux de derrière s'abstenaient de respirer et donc de chanter, dès l'apparition olfactive des prés des cesseurs.
Nous étions déjà des pros du pot.
Comment ce fait-il qu’un Bac plus n’ait pas encore inventé le tampon parfumé, qui se mettrait entre les fesses.
Le méthane sentirait bon dans les bureaux dans les chapelles et les dortoirs.
Les menus, conçus spécialement pour favoriser les flatulences, nous ont beaucoup aidés. Les fait cul lent sont le top pour ce genre de ponctuations musicales, du genre :
" nous sentons bien ta présence seigneur " en grégorien et paf, une perle fusait dont les tonalités différaient de l'un à l'autre en fonction de la fermeté de l'assise de chacun.
Mise au courant bien plus tard, Hélène s'égara en chantant "vive la perle".
Etant nul en italien, c'est ma traduction auditive du titre.
Ces sons fuyants allaient de la flûte suintante en passant par le cor de chasse, la trompette bouchée, la trompe d’éléphant ou le saxo enrhumé et quand ça se terminait par le bombardon ou la flûte traversière, c'était trop tard il fallait des pinces à vélo.
Tous les instruments nommés ci-dessus sont des instruments à « vents ».
Cela dépendait aussi de la difficulté que l'on avait à tenter d'éviter le pire. Il fallait laisser les fesses faire ou l’effet se faire, c’est au choix, le plus naturellement possible pour éviter d'être des cons pétants dans la matière première, comme certains bac plus qui éternuent quand ils flatulent pour camoufler l’auditif. Il ne faut pas les suivre, ils traînent l’olfactif.
Le verbe « flatuler », que je viens d'inventer ici, devrait être transitif. En général les flatulences sont malheureusement suivies d'un complément d'objet.
Encore une suggestion pour les académiciens, amateurs de petits fours.
Un matin, le malheureux Ravel choisi par le sort (et par moi aujourd’hui) quittait les rangs, serrant tout ce qu'il pouvait en traînant un sillon épouvantable de senteurs d'œufs pourris depuis le néolithique.
C'était le seul cas où l'on sortait sans en demander la permission, en traînant les pieds à petits pas comme des petites vieilles arthritiques. On baissait le nez, pas pour l'odeur, mais pour tenter de ne pas être reconnu par ceux des autres classes, moqueurs.
Il est vrai que dans ces cas-là, notre " propre " odeur si je puis dire, ne nous gêne pas tant que ça. On accepte nos senteurs les plus graves, alors que celles des autres, même en légers fumets, sont toujours des horreurs à faire vomir.
Les fournisseurs de féculents, chargés de nous surveiller, approuvaient nerveusement du menton ces sorties de scène, même pendant la lecture de l’évangile, selon saint Marc de café (puisque c'était le matin).
Ils sont beaux les rots de Ravel, mais il pue du cul. (enfin casé, ouf !)
Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un frère partir en courant, propulsé par l’annonce d’une fuite de ce genre !
Où ces gens-là ne mangeaient pas à la même gamelle que la nôtre, où ils absorbaient un contrepoison. Peut être étaient-ils blindés de ce côté-là ?
Les rires étouffés se répandaient comme une traînée de poudre jusqu'aux coups secs du frère préposé au claquoir en bois, qui nous rappelait à l'ordre et à la prière.
Ce claquoir servait à ponctuer les ordres et à obtenir le silence. Il émettait un bruit de cravache cinglant l’air.
Nous avions hâte de sortir de cet endroit, où l'encens mêlé à l'alchimie intestinale le rendait irrespirable. Les fenêtres restaient fermées à cause des flammes des bougies qui n'étaient pas encore électrifiées. Nous montions ensuite en classe pour réviser les matières scolaires apprises la veille..
L'infortuné, persuadé qu'Archimède était un imposteur, nous rejoignait penaud, auréolé de senteurs persistantes, puisque après être passé par les chiottes à la turque, sans papier, pas les turcs, les chiottes, il s'était démerdé avec ce qu'il avait sous la main, c'est à dire ses doigts et le carrelage mural, en cherchant des emplacements encore disponibles sur les murs.